Droit de réponse contre les accusations de fake news

Le 10 septembre 2018

Lettre du Dr M. Berger

Au moment où je subis des attaques personnelles comme colporteur de fake news, sans que mon nom ne soit cité explicitement (par crainte de procès?), j’éprouve le besoin de faire part des réflexions suivantes,  qui viennent en complément de mon article paru dans Causeur.

Il est évident que Me Schiappa et Mr Blanquer ont soigneusement préparé un traquenard médiatique. Je suis ainsi étonné de lire dans le journal le Progrès de ma ville, les pages 2 et 3 consacrées aux fake news sur l’éducation à la sexualité, avec interview pleurnichard de Me Schiappa qui se désigne comme une victime. Ce journal fait quotidiennement des articles très bien documentés, avec confrontation d’avis divergents et sans indulgence vis-à-vis du pouvoir quel qu’il soit. Là, aucune exploration des causes des réticences, aucune mention des professionnels signataires de la pétition (en 2017) et du livre du REPPEA « Danger de l’éducation à la sexualité pour les enfants et les adolescents ». J’ai eu le sentiment de lire un communiqué gouvernemental. Et puis, au passage, seule la loi de 2001 est citée, comme insuffisamment appliquée, en omettant par miracle le fait que le dernier plan Stratégie de santé sexuelle du Ministère de la Santé du 30 mars 2017 a pour objectif de « déployer l’éducation à la sexualité de la maternelle au lycée »(p 14) et  qu’un médiatique professeur de gynécologie obstétrique prône l’éducation à la sexualité dès 4 ans.

La méthode gouvernementale a été la  suivante: Me Schiappa annonce fin août 2018 que cette éducation ne débutera qu’en CP (à 6 ans quand même), donc une petite partie de mes propos de 2017 dans laquelle je cite les Standards européens concernant la maternelle deviennent ainsi a postériori  des fake news. Il suffisait d’y penser…

Notre mouvement de professionnels et moi-même sont-ils alors discrédités? Pour ma part, si c’était à refaire, j’agirais et j’écrirais exactement comme je l’ai fait, en prenant cependant une précaution consistant à anticiper et à dire qu’il est possible que le gouvernement nous accuse de fake news en utilisant telle et telle méthode.

Malgré ces accusations, je considère que notre action a eu plusieurs effets positifs.

– Des parents qui se sentaient isolés par rapport à ce que leur enfant a vécu ont eu un lieu où témoigner. Je rappelle que seuls les témoignages vérifiables ont été pris en compte (jour du cours, classe, école, détails demandés par nous). Permettez-moi un petit exemple personnel: le jour où, en 2017, j’ai reçu un courrier d’une collaboratrice de Mr Blanquer m’indiquant que tous les parents étaient prévenus de ces cours, des membres de ma famille découvraient qu’un de leur enfant avait eu le matin même un tel cours marqué « activités diverses » sur l’emploi du temps. Du coup, ils sont allés dans sa chambre et ont découvert qu’il avait reçu en classe l’année précédente la brochure sur « les premières pénétrations » alors qu’il avait 14 ans, toujours sans que ses parents en soient informés.

-Des parents qui se sentaient isolés peuvent se regrouper s’ils le souhaitent, et/ou demander à faire partie des délégués des parents d’élèves, ils se sentent une légitimité à être informés précisément et à l’avance, et une vigilance s’est donc instaurée

-Il est probable que les personnes qui interviennent dans cette éducation à la sexualité ont reçu des consignes de prudence leur demandant de mettre leur idéologie de côté et vont édulcorer les programmes prévus, avec suppression de certains supports (je pense à des films choquants), en tout cas pour cette année. Et le gouvernement répète sa volonté d’appliquer la loi de 2001 qui avait raison gardé (et qui correspond exactement à ce que j’indique comme souhaitable dans mes écrits,et ce serait là une forme d’étrange victoire!). Si ce recul a  lieu, le paradoxe est qu’en tant que lanceurs d’alerte, nous allons donc apparaître encore plus comme des diffuseurs de fake news auprès de certains parents, mais c’est à ce prix que les enfants seront protégés, pour le moment.

Je pense important de dire que nous avons commencé à établir une ligne de front dans un combat qui n’aura sans doute jamais de fin. Je peux vous dire que plusieurs pays (dont les associations ou les professionnels nous invitent) nous envient ces lignes de front. Et ils vont envier le recul que nous avons peut-être provoqué dans le contenu de l’éducation à la sexualité, si celui-ci a lieu, nous allons voir.

Donc nous continuerons avec détermination notre travail de protection des enfants et des mineurs.

Maurice Berger

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