Le HCE, le rapport du 13 juin 2016

Le Haut conseil à l’égalité entre les hommes et les femmes (HCE) a publié le 13 Juin 2016 un Rapport relatif à l’éducation à la sexualité intitulé « Répondre aux attentes des jeunes, construire une société d’égalité femmes-hommes ».

Même si nous pouvons observer que certains objectifs de ce plan et de ce rapport peuvent se révéler intéressants et porteurs de prévention, il n’en demeure pas moins qu’ils revêtent aussi des aspects détournés derrière de pieuses intentions, projets auxquels nous ne pouvons donc pas adhérer en tant que professionnels concernés par la protection psychique de l’enfance. Pourquoi ?

Tout d’abord l’HCE s’inscrit clairement dans les recommandation de l’OMS sur les droits sexuels dont nous avons vu en quoi ils sont particulièrement problématiques : « Pour répondre aux besoins des jeunes, et s’appuyer sur les recommandations des instances onusiennes (Unesco, Organisation Mondiale de la Santé, ONU Femmes, etc.), le HCE appelle les pouvoirs publics à bâtir une véritable politique interministérielle d’éducation à la sexualité, suivie, évaluée et dotée des moyens adéquats, en lien avec les associations et acteur.rice.s de terrain ».

Le rapport du HCE se propose de mettre en œuvre une « éducation à la sexualité » effective dès le plus jeune âge, s’appuyant sur les obligations légales de la loi du 4 Juillet 2001 relative à l’IVG dont il souhaite élargir les prérogatives grâce à une éducation à la sexualité qui va bien au-delà de la prévention et de la santé puisqu’elle se présente désormais comme une invitation, une initiation à la jouissance sexuelle qui se prépare dès le plus jeune âge.

Le HCE « appelle les pouvoirs publics à adopter de manière urgente un plan national d’action pour l’éducation à la sexualité » .

L’éducation à la sexualité y est ainsi définie : « L’éducation à la sexualité est une manière d’aborder l’enseignement de la sexualité et des relations interpersonnelles qui soit :
– fondée sur l’égalité des sexes et des sexualités,
– adaptée à l’âge,
– basée sur des informations scientifiques, sans jugement de valeur. »

« L’éducation à la sexualité vise, à partir de la parole des jeunes, à les doter des connaissances, compétences et savoirs-être dont ils et elles ont besoin pour une vie sexuelle et affective épanouie. Cette éducation s’inscrit dans une conception holistique de la santé et est un outil indispensable pour atteindre l’égalité femmes-hommes ».

De quelles informations scientifiques s’agit-il ? Fait-on référence ici aux théories du genre qui sont prônées dans chaque recoin de ce rapport ? En quoi ces « théorisations » qui sont des idéologies d’une petite communauté constituent-elles un modèle scientifique ?

L’adaptation à l’âge laisse aussi songeur quand quelques lignes plus loin nous découvrons ce que le HCE affirme : « la sexualité et les relations intimes et affectives forment une découverte et un apprentissage qui, à tous les âges de la vie, mais plus particulièrement chez les jeunes, soulèvent de nombreuses questions et besoins » (p. 5).

Mais quels sont les questions et besoins soulevés chez les enfants par leur sexualité, auxquels il devient impératif de répondre par une éducation à la sexualité ? Le sous-titre de ce rapport indique : « Répondre aux attentes des jeunes, construire une société d’égalité femmes-hommes ». Or ces institutions se sont-elles renseignées sur les attentes des jeunes ? Où s’agit-il de leurs propres projections ? Parce qu’en tant que professionnels, nous constatons un énorme décalage entre la réalité du terrain et les préconisations de ces institutions. Dans nos métiers qui portent sur l’intime et la vie psychique, les jeunes que nous côtoyons tous les jours nous témoignent justement d’une attente contraire à ce qui est proposé : ils disent qu’ils en ont « marre » de ces cours d’éducation à la sexualité, qu’ils trouvent ça profondément « gênant », « dérangeant » et qu’ils ne comprennent pas qu’on puisse « parler de ces choses-là qui sont privées en classe ». Ils nous font part du ras-le-bol d’être en plus « obligés d’y assister » et trouvent cela profondément anormal et même grave pour certains. Ils disent que « personne n’aime ces cours » et que « si ce n’était pas obligatoire personne n’y assisterait », ce qui a le mérite de poser clairement la question de l’intérêt porté à ses cours, un intérêt porté par les adultes bien plus que par les jeunes contrairement au titre de ce rapport. Il apparaît que les jeunes eux-mêmes témoignent qu’ils n’ont aucune demande sous cette forme-là tout du moins.

En outre, en l’absence de toute audition de professionnels spécialisés dans la psychologie de l’enfant, comme on le constate en examinant les auditions et remerciements du rapport du HCE, cet organisme ne peut en toute honnêteté affirmer posséder une quelconque connaissance sur les besoins et les questions concernant la sexualité des enfants auxquels il faudrait apporter une éducation spécifique. Ces questions et besoins sont le fruit des projections d’adultes incapables de prendre en compte la différence de nature entre le statut d’enfants et celui d’adulte

Comment se fait-il que les concepteurs de ces plans n’aient pas auditionné des professionnels du psychisme des enfants et du traumatisme psychique ? On peut supposer que ces professionnels se seraient sans doute opposés fermement à certaines inepties concernant les enfants. Si des professionnels de l’enfance avaient été interrogés, les promoteurs de cette « éducation à la sexualité » auraient pu comprendre que la première prévention du risque d’abus sexuel est le respect de l’intimité de l’enfant et le rappel de l’interdit de toute immixtion de la sexualité adulte dans la vie de l’enfant, la nécessité absolue de maintenir l’enfant à distance des questions entourant la sexualité des adultes, donc certainement pas de faire dispenser par des adultes, comme le préconisent ces plans, des notions sur la sexualité adulte et le « plaisir » qui y est associé.

 

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